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mercredi 20 mai 2015

L'avantage de ne pas être physionomiste... (suite)

... mon regard s'est arrêté sur l'un des membres masculins de l'assistance. 

Pas parce qu'il ressemblait spécialement à Gregory Peck dans Vacances romaines.

Pas non plus parce qu'il aurait été la synthèse parfaite des deux frères Bogdanov.

Non, simplement parce que son visage me semblait familier même s'il m'était impossible de me rappeler qui il était et dans quelles circonstances j'avais pu le croiser.

Pendant bien dix minutes, je me suis interrogée sur le lieu dans lequel j'avais pu l'apercevoir.

Et puis, après un effort cérébral épuisant, je suis arrivée à la conclusion que j'avais dû le croiser au cours de l'une des soirées ultra mondaines organisées par Dam', l'un des amis de mon frère, où l'on peut facilement se retrouver à plus de 250 dans un salon de 40m2, et que, comme il ne devait pas être très physionomiste, c'est pour ça que lui n'avait pas l'air du tout de me remettre. 

J'ai donc poursuivi la soirée comme si de rien n'était, discutant le plus naturellement du monde avec mes voisins tout en vidant le bol d'olives, la boîte de pringles et la bouteille de Chardonnay immédiatement accessibles. 

Le tout sans prêter davantage attention à cette vague connaissance.

C'est seulement vers 22h30 que j'ai eu un flash. 

Un gros flash. 

Je me suis revue six mois plus tôt, attablée dans un restaurant de Cabourg, une pizza devant moi… 

… et ce garçon en face de moi. 

Oui, oui, en face. 

Et tout le reste m'est revenu d'un coup. 

Il s'agissait d'un ami de mon amie Rachel avec qui j'avais organisé cette virée maritime, qui avait fait partie du même club de tennis qu'elle, qui était consultant en informatique et que même que ce n'était pas toujours drôle de faire des missions à pétaouchnok avec 3 heures de RER aller – 3 heures de RER retour. 

Et j'ai aussi réalisé à cet instant précis qu'il m'avait en fait forcément reconnue mais que comme il croyait que je le snobais royalement depuis le début de la soirée, eh bien tout ça l'avait quelque peu découragé de venir voir la fille la plus grossière de la planète, les bras grands ouverts, en mode « Ginger, mais quelle coïncidence !!! Trop drôle de te revoir ici !! (lol) ».

Alors, pour estomper un peu cette mauvaise image qu'il avait dû se faire de moi, je suis venue platement m'excuser auprès de lui, 3 heures après mon arrivée dans la soirée, en lui expliquant à peu près ce que j'explique dans cet article, bref que je ne suis (vraiment) pas physionomiste. 

Et j'ai eu confirmation de ce que lui m'avait très bien reconnue dès qu'il m'avait vue. 

Heureusement, comme c'est un garçon bien élevé, il s'est simplement abstenu de me raconter avec quelle sévérité il avait jugé mon inqualifiable attitude…

Mais je tire une salutaire leçon de tout ça ! 

Désormais, dans le doute, dès qu'il me semblera éventuellement / peut-être / pourquoi pas vaguement reconnaître quelqu'un, j'irai directement lui tapoter l'épaule en lui lançant avec enthousiasme : « Mais quelle coïncidence !!! Trop drôle de te revoir ici !! (lol) ».

Avec un peu de chance, peut-être que j'arriverai à apprendre son nom et où et quand on s'est croisés. 

Et sinon, ça me permettra au moins d'éviter de passer pour la pire des ordures ! 

vendredi 20 mars 2015

Kesako (bis) ?

Il n'y a pas si longtemps - une semaine, en fait - je vous parlais du mail relativement incompréhensible que m'avait envoyé mon amie Stiph

Et je ne sais pas si c'est parce qu'elle prend un malin plaisir à tester mes réactions face à des messages sibyllins (abscons marche aussi) (pendant qu'on y est, autant être exhaustif) ou si elle a subi dernièrement une commotion cérébrale particulièrement invalidante, mais toujours est-il qu'elle a récidivé. 

Hier, j'ai reçu un nouveau mail - cette fois également adressé à deux autres personnes - dans lequel elle annonçait : 

"Ça y est j'en ai eu un deuxième!

Ha ha!",

avec en pièce-jointe, une photo d'elle portant un petit garçon d'environ 2 ans sur les genoux. 

Le problème, c'est qu'elle a un fils de cet âge là environ, mais que, comme je ne l'ai vu qu'une fois lorsqu'il était encore tout bébé, je suis incapable de savoir si c'est lui ou non... 

A priori non... 

Mais peut-être que oui... 

Le texte du mail ne permet pas d'être tout à fait catégorique sur ce point ! 

Il ne me restait plus qu'à prier ardemment pour que l'un des deux autres destinataires de son mail réponde à tous les autres quelque chose susceptible de m'éclairer, mais bien sûr, c'est une occurrence qui n'est pas arrivée. 

Et il m'a donc fallu lui écrire quelque chose en retour...

Le soir, j'ai pris mon courage à deux mains, et avec l'aisance d'un pilote débutant perdu en pleine mer de brume, après bien dix minutes d'un long débat intérieur face à mon brouillon de mail vide, j'ai finalement opté pour un : 

"Eh bah, tu ne perds pas de temps, ma chère Stiph ! 

Top canon en tout cas la photo !"

L'avantage, c'est qu'avec une réponse de ce genre, il y a à boire et à manger pour à peu près tout le monde...

Et comme ça, j'ai pu m'endormir paisible, sûre que Stiph saura prêter à mon message un sens non dépourvu de cohérence par rapport à celui qu'elle m'avait envoyé.

Maintenant, il ne me reste plus qu'à croiser les doigts pour qu'elle mette un terme au plus vite à ce laborieux échange épistolaire. 

Parce que sinon, il ne me restera plus qu'à installer un filtre "spam" où se trouveront immédiatement classés ses messages, sans même qu'ils n'apparaissent à mes yeux. 

Oui, c'est lâche, peut-être.

Mais c'est le prix à payer pour retrouver un semblant de paix intérieur ! 

Stiph, si tu me lis...

mardi 17 mars 2015

Demain, je commence ma psychanalyse


Quand je reçois du monde, je me trouve toujours confrontée à de très graves interrogations. 

Est-ce que mes invités seront contents de la soirée ? Est-ce qu'ils trouveront les autres gens sympathiques ? Est-ce que les sujets de conversation seront à leur goût ? Est-ce qu'ils seront choqués si mes verres ne sont pas en cristal ? Est-ce qu'ils tolèreront des Tuc à l'apéritif ? Est-ce que je vais rater la cuisson de tous mes plats et manquer mes assaisonnements ? ...

Mais l'interrogation qui reste la plus cruciale pour moi est indéniablement la suivante : 

Est-ce que mes invités auront suffisamment à manger ? 

Je ne sais pas si c'est parce qu'un jour de ma lointaine petite enfance, la dame de service de la cantine a oublié de me servir mon assiette de semoule, ou si c'est parce qu'une fois je suis partie de la maison en oubliant d'emporter mes deux choco BN pour la récréation de 10h, mais je dois bien le reconnaître, il y a quelque chose chez moi qui ne tourne pas absolument rond quand il s'agit des quantités de nourriture à acheter en vue d'une soirée... 

Je voudrais le nier, je ne pourrais pas. 

La photo de l'inventaire de mes provisions post-raclette est un violent réquisitoire à lui tout seul...


Et maintenant, je fais quoi ? Une autre raclette ? 

lundi 9 mars 2015

Tenir un blog d'humeur et rester équilibré

C'est sans doute le plus grand dilemne de tout blogueur d'humeur. 

Comment tenir son blog et garder ses deux escarpins - achetés aux dernières soldes - bien ancrés dans le monde réel ? 

Autrement dit, comment éviter de faire du monde réel une annexe directe de son terrain de blog ? 

Pour ceux de mes lecteurs qui sont eux aussi blogueurs - je sais qu'ils sont là, ne vous cachez pas ! - permettez-moi de vous interroger : 

A court d'idées pour votre prochain article, ne vous est-il jamais arrivé, lors d'une virée dans votre supermarché préféré (Monoprix), de vous imaginer tout à coup renverser le caddie rempli du gros monsieur devant vous et piétiner d'un air narquois ses courges et ses tomates, juste pour pouvoir décrire, une fois de retour chez vous / à l'hôpital, sa réaction dans un savoureux billet ? 

Moi, cela m'arrive tout le temps, et pas qu'au supermarché. 

Au cinéma, dans les télésièges, à la sortie des écoles primaires, au restaurant d'entreprise... 

Mais Dieu merci, quelque chose m'a toujours retenue de passer à l'acte ! 

Je ne sais pas trop quoi au juste, mais c'est vrai, par rapport à de nombreux blogueurs de ma connaissance, actuellement en convalescence longue durée dans des maisons d'aliénés du Vercors, je ne pousse pas encore la confusion du monde virtuel et du monde réel trop loin.

Non, la seule chose vraiment bizarre que j'ai faite à cause de mon blog se trouve dans le fichier que je tiens sur mon ordinateur et où je note au fur et à mesure où elles me viennent toutes les idées d'articles que je pourrais écrire.

En le reprenant pour trouver sur quel passionnant sujet arrêter ma plume, je suis tombée - à côté de deux/trois banalités du plus pur style Gingerial, style "Je me suis perdue dans ma salle de bain" / "ma cafetière est tombée en panne" / "j'en ai marre de mon attelle" - sur l'intitulé suivant : 

"Même les suicidés en veulent à mon téléphone".

Je suis comme vous, je cherche encore ce que ça peut bien vouloir signifier... 

vendredi 27 février 2015

Je vous l'ai déjà dit...


… de nos jours les enfants ne sont plus des enfants. 

Ils évoluent dans un monde absurde où les enseignants sont en dépression, où les réservoirs à savon des toilettes de l'école sont vides et où les kalashnikovs côtoient les cours de récréation. 

Quand, en fin de mois, leurs parents n'ont plus les moyens de régler la cantine, on leur explique que ce n'est pas parce que c'est la crise qu'ils auront le droit de déjeuner gratis. 

Et que si chez eux on n'a pas les moyens de leur offrir des cours particuliers comme au petit Geoffroy, et bien tant pis, ils seront chômeurs comme leurs parents et puis voilà.

Alors, un beau jour, ils prennent leur légos et au lieu de construire une petite maison riante en briques jaunes avec de jolies fleurs aux fenêtres, ils modélisent une réunion de conseil d'administration pleine de méchants capitalistes néolibéraux prêts à tuer leur prochain pour quelques euros de profit. 

Et dire que dans quelques années, ce sera eux qui nous gouverneront...

Une lueur d'espoir quand même : les fenêtres auraient pu être fermées,
elles sont ouvertes...

lundi 23 février 2015

S'angoisser pour le fun

Je ne sais pas si vous avez déjà eu cette impression, mais il peut arriver que votre vie vous paraisse très tranquille. 

Parfois même trop. 

Votre horizon ressemble à une mer sans vague illuminée d'un grand soleil perdu au milieu d'un ciel bleu sans fin.

Pas même l'écho d'un cri rauque de goéland pour ternir l'harmonie parfaite de ce tableau, pas même un vieux déchet en plastique dégoûtant flottant à la surface de l'eau pour écorner l'impression de perfection qui s'en dégage.

Que ne donneriez-vous pas, à cet instant, pour convoquer un ciel menaçant couleur ardoise, des roulements de tonnerre assourdissants, toute une volée d'éclairs fielleux, et une mer plus déchaînée que jamais, histoire de rompre avec cette quiétude bien trop oppressante ? 

Mon amie Agathe pourrait en témoigner.

Il y a peu, elle m'a conviée à une soirée pour fêter son embauche inespérée en CDI.

Je dis "inespérée", pas parce que je suis une amie indigne persuadée qu'elle domine tous les gens qu'elle croise - et surtout ses amis - d'au moins 50 points de QI, mais seulement parce que, lors de son recrutement initial en CDD au sein de la même entreprise, Agathe s'était vue certifier qu'aucun poste ne serait créé dans son service. 

Lors de cette soirée, j'ai bien sûr levé ma coupe à une longue et heureuse vie professionnelle, et, le lundi où elle débutait son CDI, sachant qu'elle conservait le même poste, le même bureau et les mêmes collègues que ceux qu'elle avait quittés le dernier jour de son CDD, soit le vendredi immédiatement précédent, je lui ai demandé par texto, en guise de clin d'oeil : 

"Alors, ton premier jour en CDI, pas trop intimidant ?!

Ce à quoi Agathe m'a répondu le plus sérieusement du monde : 

"Tout s'est bien passé, mais bon, c'est vrai, j'étais quand même un peu stressée". 

Bien sûr, on pourrait trouver cette réflexion un peu curieuse venant de quelqu'un dont les conditions de travail n'ont connu, en pratique, aucune modification. 

Mais après tout, Agathe a raison, pourquoi se passer d'une petite montée de tension quand, autrement, rien ne viendrait marquer le changement d'intitulé de votre contrat de travail ?!

vendredi 20 février 2015

La soirée a été bien réussie, merci !

On a sans doute vu de plus beaux résultats par le passé. 

Des biscuits apéritifs égrenés jusque dans les toilettes, des traces de gâteau sur les rideaux du salon, des chewing-gums collés sous la table de la salle à manger, des coups de canifs dans le bois des fauteuils Louis XV de l'entrée...

Mais moi qui n'ai pas nécessairement l'habitude d'organiser des soirées à 50 invités, je sais déceler la trace du contentement de mes hôtes à travers des signes plus discrets.

Et j'estime qu'à 2 verres cassés pour 7 convives, c'est indéniable, tout le monde s'est bien amusé !  

A ce niveau, je ne serais même pas étonnée que deux de mes invités
aient eu un coup de foudre...

mercredi 18 février 2015

J'ai toujours raison (et Pascal aussi)


C'est une chose que les gens savent rarement mais j'ai toujours raison. 

En tout cas très souvent. 

L'autre jour, je disais encore à ma nièce de deux ans de ne pas jouer avec la farine sinon il allait y en avoir partout dans la cuisine. 

Et ça n'a pas loupé, il y en a eu partout dans la cuisine. 

C'est vrai, ça m'a demandé pas mal de travail de tout nettoyer après (elle ne sait pas encore bien passer la serpillière, la pauvre petite), mais j'ai eu la satisfaction de m'entendre dire : 

Tu vois, Tante Ginger avait raison ! 

Je ne lui ai pas dit qu'Oncle Blaise aussi avait raison - vous savez, le styliste de renom de mon dernier billet (ou le chef de restaurant étoilé / top modèle des années 80 / au choix) - parce qu'on ne peut pas dire que ma nièce soit encore un puits d'érudition, mais franchement, sinon, j'aurais pu ! 

Parce que la vie vient encore de nous donner raison à tous les deux une nouvelle fois.

Au cours de mon séjour au ski, pour me détendre, j'ai fait une gentillette piste noire avec des grosses bosses difformes oscillant entre trois mètres de haut et cinq mètres de bas. 

Je faisais ma godille en riant de tout mon coeur, et puis, à un moment, je ne sais pas ce qui s'est passé, peut-être est-ce Chark qui m'a poussée, je ne sais plus trop, mais j'ai vaguement perdu l'équilibre et je me suis rattrapée toute en grâce et en élégance sur le poignet gauche. 

Et puis j'ai repris ma descente dans un grand éclat de rire (je crois que j'ai d'ailleurs provoqué deux ou trois avalanches ce jour là) et j'ai fini mon séjour sur la même note de bonne humeur (mis à part, bien sûr, quand Chark était dans les parages) (mais de toutes façons je me suis vengée en lui enfonçant mes ongles dans la main jusqu'au sang lors d'une partie de Jungle Speed).

Et puis, et puis, cinq ou six jours après, j'ai vu apparaître un léger gonflement au-dessus de mon poignet gauche. 

Avec une légère douleur lorsque je portais des choses un peu lourdes. 

Ah la la Ginger, il n'y a que toi pour te faire un bleu au poignet, me suis-je dit, et j'ai bien sûr beaucoup ri. 

Et puis, et puis, comme ça ne passait toujours pas au bout de quinze jours, j'ai quand même fini par me déplacer chez mon médecin. 

Une bonne occaze de rentabiliser ma mutuelle, ai-je pensé. 

Et avec quoi suis-je ressortie (enfin après un passage à la pharmacie) ? 

Avec cette magnifique attelle spéciale athlète, un bon pour une échographie, et le droit de faire faire ma vaisselle à tous les amis qui passent manger chez moi (comment ça, non ?) ! 

Moralité : si j'étais restée bien confinée dans ma chambre au lieu de partir faire du ski, je pourrais porter un plus joli bracelet ! 

Mais en même temps, qu'est ce que je ris... !!!

lundi 16 février 2015

Eloge du voyage intérieur

S'il y a bien une chose que l'on n'entendra jamais, c'est "Ginger est un globe trotter dans l'âme"...

Certes, à 3 ans je me suis spontanément déguisée "en exploratrice" en m'accessoirisant de trois ou quatre sacs à dos et sacs en bandoulière / thermos de voyage / bob de voyage / lunettes de soleil de voyage / robe de chambre et chaussons de voyage...

J'étais allée me montrer aux parents (sans doute installés dans le canapé à parler de choses très sérieuses) (autour d'un verre d'apéritif, quand même) et ils avaient trouvé ça si mignon - en tout cas maman - qu'ils m'avaient, à ma grande surprise mais aussi à mon grand plaisir, photographiée.

Mais vous savez bien que ce n'est pas parce qu'on se déguise en princesse de contes de fées ou en chevalier de la table ronde, qu'on le devient nécessairement ! 

Autrement, la Terre serait peuplée de diadèmes et d'épées, et moi et mes prétentions d'exploratrice, nous aurions été réduites à chercher la porte magique permettant de fuir au plus vite cette lamentable parodie de monde Disney... 

Bref, tout ça pour dire que Ginger n'a pas vraiment la passion du road trip chevillée au corps!

Peut-être parce qu'elle a très tôt voulu dire "oui" au bonheur en s'inspirant du constat de je ne sais plus quel styliste de renom ou chef de restaurant étoilé, qui a un jour lâché (le fou !) que tout le malheur des hommes, c'est qu'ils ne savent pas rester dans leur chambre (ou un truc du genre).

Peut-être aussi parce qu'elle a toujours pensé au fond d'elle que buller dans son canapé avec un Stylist magazine entre les mains et des vêtements qui sentent bon la lavande du produit lessive, était mille fois plus confortable que passer 15 heures en transit dans un aéroport, avec le sentiment d'être aussi crasseux qu'un pou dans les cheveux (gras) de Bernard Thibault. 

Je sais, certaines personnes me trouveront d'un esprit étriqué à faire peur, d'une absence de curiosité consternante, d'une pauvreté d'esprit affligeante...

Oui mais la vie me donne raison !

Ce matin, en arrivant au bureau, j'ai appris que le père de Béa - une fille que je ne connais pas mais qui travaille dans la même structure que moi - était parti passer un week-end à Londres avec sa deuxième épouse. 

Et qu'à peine le pied posé par terre, il se l'est fait écraser par un bus (londonien). 

Comme l'a dit très justement Marielle en passant dans mon bureau pour évoquer cette tragédie : 

Tu pars à Londres pour un week-end, tu reviens avec un pied en moins.

Comme quoi, rester dans sa chambre, c'est aussi une chance de plus de ne pas se faire amputer le pied. 

Avec leur couleur criarde, ils m'avaient aussi toujours paru louches...

mercredi 4 février 2015

Ski, le bilan

Je l'avais annoncé, vous l'attendiez, le voilà : ça y est, le bilan de la saison de ski 2015 est tombé !

Avec une grosse, grosse surprise à l'arrivée.

Arthur qui, souvenez-vous, avait été distingué en 2013 comme LE boulet de l'année grâce à une absence d'implication hors norme dans la gestion des aspects pratiques du séjour et à une aptitude évidente à plomber la dynamique du groupe, Arthur, donc, a été supplanté par Chark

Chark, avec qui j'étais pourtant déjà partie au ski il y a trois ans et qui, malgré quelques côtés un peu agaçants dus alors à une légère propension au m'as-tu-vuisme, n'avait pas été source de tant de désagréments que ça. 

Rendons-lui tout à fait justice et allons un peu plus loin : il faisait même partie de la catégorie des gens plutôt distrayants, prêts à mettre une certaine animation et à s'amuser quand il le fallait ! 

Il faut croire que les trois années qui se sont depuis écoulées ne lui ont pas été que profitables...

Certes, dans ce laps de temps, sa carrière et son portefeuille ont évolué de façon très positive.

Mais on hésite à en dire de même en ce qui concerne la qualité de sa compagnie...

Le Chark de 2015 ne se contente plus d'animer la conversation. 

Non, il s'en saisit, la prend en main, la dirige et l'amène où il veut. 

C'est-à-dire, dans 99,99 % des cas, à lui. 

A son talent incroyable pour le chant lyrique qu'il pratique dans un choeur reconnu à l'échelon national et dont chacune des représentations lui offre l'occasion de fréquenter la fine fleur parisienne. 

A sa séduction naturelle qui lui a valu d'être poursuivi par une splendide bulgare – un magnifique avion de chasse, nous dira-t-il – à laquelle il lui en a coûté de dire "non", mais que voulez-vous, il n'allait quand même pas transiger avec ses convictions pour de pures questions d'attrait physique.

A sa compétence professionnelle inégalée qui a fait de lui LA personnalité incontournable de son service, constamment sollicitée par des supérieurs qui n'osent plus prendre une décision sans avoir au préalable recueilli son assentiment. 

A son érudition exceptionnelle qui le rend légitime à intervenir sur tout sujet, qu'il soit politique, historique ou artistique, et à s'écouter disserter chaque fois avec délices pendant au moins une vingtaine de minutes. 

A ses amis hauts de gamme, fils de conseillers d'Etat, hauts représentants de l'aristocratie française, ou encore rejetons de dynasties d'industriels de premier plan...

Et lorsque vous avez le malheur de prendre la parole pour évoquer quelque chose qui vous concerne, vous pouvez être sûr que Chark interviendra dans la demi seconde pour renseigner tout le monde sur sa façon de voir les choses sur ce point. 

Si vous racontez que vous avez quatre mariages prévus pour cet été, lui renchérit immédiatement en faisant état des neuf célébrations auxquelles il a été convié, et vous fait savoir, dans la foulée, qu'il ne sait d'ailleurs pas comment il s'arrangera pour partir en vacances avec tous ces week-ends bloqués, sans compter qu'il va encore falloir qu'il s'occupe de diriger les chants, pfffffffffff, quel boulot...

Si vous expliquez que vous écrivez une carte à vos neveux, il embraye illico sur sa filleule d'un an et demi - « sa princesse » - pour vous informer en détails qu'il s'agit d'une petite merveille douée déjà d'une intelligence redoutable à qui il a bien prévu de faire découvrir le monde et encore bien davantage.

Si vous mettez telle musique sur votre ordinateur, il vous informe dans les cinq minutes des raisons pour lesquelles cette oeuvre est dénuée d'intérêt ou son interprétation juste passable, et si vous avez le malheur de vous absenter une seconde, il en profite pour remplacer ça par quelque chose d'un peu plus potable...

Bref, vous l'aurez compris, ces trois ans ont manifestement permis à Chark de devenir un jeune homme accompli, plein d'oubli de lui-même, de modestie et de délicatesse... bien loin de l'image d'Epinal du vieux garçon totalement égocentrique et uniquement préoccupé de lui-même, ouf !

Je ne sais pas si, parallèlement à cette évolution descendante, Arthur a fait usage du même laps de temps pour prendre barre sur les deux ou trois rugosités de sa nature...

Mais toujours est-il que la comparaison lui est nettement profitable.

A tel point que s'il était capable de ne pas prendre sa douche juste au moment où tout le monde s'apprête à partir sur les pistes, il ne serait pas loin de faire figure de gendre idéal ! 

La perfection faite femme
(selon Chark)...

vendredi 30 janvier 2015

Résultats des courses


Peut-être vous en souvenez-vous (ou peut-être pas), mais j'ai récemment fait deux paris : 

- un pari d'amis : prêter mon studio à mon amie JM pour qu'elle y organise une soirée tartiflette et espérer le retrouver dans le même état que celui dans lequel je lui avais laissé, 

- et un pari sur la vie : miser sur le fait que le car de 9h40 n'aurait pas de retard et me permettrait d'attraper mon train de 10h23 avec 5 royales minutes d'avance. 

Comme Anonyme, fidèle lecteur du blog, a eu la gentillesse de me le demander en faisant semblant de s'intéresser à ma vie (sans doute parce qu'il espère en retirer à plus ou moins long terme un bénéfice quelconque) (sinon pourquoi) : 

Qu'en est-il donc ressorti ?!!

Eh bien, je ne sais pas si c'est parce que les astres sont contre moi en ce début d'année, ou bien si c'est parce que j'ai dernièrement croisé une portée de vilains chats noirs en passant sous une échelle avec mon parapluie ouvert, mais je suis bien obligée de répondre : 

Deux lamentables échecs ! 

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Pour commencer par le pari sur la vie : non, le car de 9h40 ne m'a pas permis d'avoir mon train. 

Parce que finalement, en voyant la neige tomber non stop à gros flocons, la veille, à partir de 16h28, jusqu'à recouvrir les trottoirs et la route d'une épaisse couche de poudreuse, je me suis soudainement découvert une réelle motivation pour prendre celui de 7h. 

Non pas que j'aie pensé à tous les conducteurs du dimanche qui n'auraient pas installé de chaînes sur leurs pneus et qui arriveraient à bloquer totalement la circulation et mon car avec, non...

... plutôt parce que je me suis dit que rien ne serait aussi beau que d'admirer les arbres recouverts de neige au petit jour ! 

Alors c'est pour ça que mercredi, tard le soir, j'ai pris mon réveil à deux mains, je l'ai mis à 6h40, et quand il a sonné, j'ai sauté dans mes vêtements, attrapé une tranche de brioche et traîné ma valise sur la route en priant pour que je ne me fasse pas écraser dans la pénombre. 

Le car de 7h n'est finalement jamais passé - il était bloqué plus haut - mais j'ai eu le droit de monter dans un car scolaire plein de lycéens totalement endormis. 

Et j'ai repensé à ces années où l'Education nationale me forçait, moi aussi, à me lever à des heures inhumaines pour apprendre des choses qui ne me serviraient jamais à rien (le fonctionnement du globe oculaire, par exemple). 

Alors oui, j'ai raté mon pari, mais j'ai pu faire un bilan très positif de ma vie.

Non mais.

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Et pour ce qui est de mon autre pari, j'ai eu la pénible surprise, huit heures de transhumance ferroviaire plus tard, de découvrir, en rentrant chez moi, que non, JM ne m'avait pas laissé mon studio dans un état impeccable... 

Certes, le tire-bouchon avait été rattaché à son clou au-dessus de l'évier, le sel et le poivre avaient rejoint leur habitacle à droite des plaques de cuisson et aucun lardon ne traînait par terre.

Mais : 

1) la housse du canapé n'avait pas été tirée et il restait des plis,

2) la fréquence de ma radio avait été changée en mon absence. 

J'entends déjà certains esprits chagrins me dire qu'il fallait bien que je m'attende à tout ça en faisant aussi facilement confiance aux gens... 

Eh bien oui, c'est vrai, on ne m'y reprendra plus.

Et ce n'est pas parce que JM m'a laissé en cadeau, pour soit-disant me remercier, un couvercle universel pour casseroles et un lot de trois éponges, que je changerai d'avis !

On n'achète pas mon pardon.

Non mais.

mercredi 28 janvier 2015

Pour continuer dans les paris...

Les paris d'amis, c'est bien, mais il ne faut pas oublier qu'il existe aussi d'autres types de paris. 

A commencer par les paris sur la vie. 

Un pari sur la vie, contrairement à un pari d'amis, ça n'interfère avec aucune question amicale. 

Ca vous met, vous, face à la vie

Frontalement. 

Directement. 

Sans échappatoire possible. 

A l'arrivée, deux issues possibles : 

- soit les choses se passent comme vous l'espériez, et alors vous avez gagné sur la vie ;

- soit les choses se passent de la façon que vous redoutiez, et alors c'est la vie qui a gagné. 

Demain, ça y est, c'est le retour à Paris : adieu neige, ski, spa, raclettes, tartiflettes, fondues savoyardes, croziflettes, génépi...

Départ du train à 10h23. 

Départ du car qui me conduit au train à 9h40.

Heure d'arrivée prévue du car à la gare à 10h15.

Avec votre dextérité cérébrale hors norme, vous aurez compris que le temps de battement théorique dont je dispose pour attraper mon train est très exactement de 8 minutes. 

C'est 5 minutes de plus qu'il ne m'en faut pour passer de la gare routière à la gare ferroviaire. 

Cela signifie donc que mon trajet en car peut supporter un retard de 5 minutes sans que tout l'ordonnancement de mon retour à Paris soit remis en question. 

Et sans que la feuille de présence de la conférence à laquelle je suis professionnellement sommée d'assister entre 17h et 19h, me passe sous le nez. 

En résumé : c'est un bel acte de foi. 

Mais je suis sûre que, vous aussi, dans une telle situation, vous auriez été prêts à relever le défi.

Surtout si vous saviez, comme moi, que le car précédent part très exactement à 7h du matin...

J'ai confiance en SAT, j'ai confiance en SAT,
j'ai confiance en SAT...

vendredi 2 janvier 2015

Blanche de Castille, l'ennemie de mes nuits


Croyez-le ou pas, mon cerveau est parfois nostalgique de l'époque où je passais des examens. 

Vous savez, cette période bénie où, les mains moites, la gorge sèche et la tête farcie de connaissances instables et parcellaires ingérées entre 3 et 4 jours plus tôt, vous alliez vous caler dans le coin de l'amphi que l'on vous avait autoritairement assigné (pas forcément à côté du radiateur ni même de la sortie), prêt à entamer un petit tête-à-tête de quelques heures avec une copie grisâtre anonymisée, avec pour seul réconfort votre barre de KitKat et la perspective de pouvoir tout oublier le soir même. 

A subir un certain nombre de fois ce type de réjouissances, le cerveau doit finir par se détraquer.

Le mien en tout cas. 

De temps en temps, frustré de ne plus se trouver dans les circonstances propres à faire renaître ces douces émotions, il s'attache à les ressusciter artificiellement dans mon esprit. 

Comment fait-il ? 

Eh bien, en diabolique qu'il est, il attend tranquillement que je m'endorme, et quand il sent que mon sommeil est bien bien profond, il commence à me balancer toutes les informations nécessaires pour reconstituer dans mon sommeil l'heureux état d'esprit dans lequel me mettaient les examens. 

Mais attention, comme il est vraiment vicieux, il s'arrange à chaque fois pour que ce soit en pire

En pire, parce que dans la vraie vie, je me suis toujours installée devant ma copie avec le minimum de connaissances requises pour échapper à une humiliation absolue.

Je ne ferai pas de fausse modestie : les appréciations du style « N'a pas compris l'intitulé du sujet » ou encore « S'est trompé de matière », sont toujours restées, c'est vrai, une virtualité pour moi. 

C'est d'ailleurs pour ça que mon cerveau doit trouver drôle de me faire goûter en rêve à ce genre de situation d'un tragique raffiné...

Et pour cela, il n'hésite pas à utiliser un de ces hauts noms que l'Histoire nous a légué, tout en grâce et en élégance : Blanche de Castille.  

Blanche de Castille ? vous interrogez-vous.

Oui, parfaitement, chers lecteurs, Blanche de Castille herself.

Régulièrement, je m'endors, et voilà que tout à coup, Dieu sait comment, je me retrouve lâchée deux heures avant un partiel d'histoire, un polycopié de 1.000 pages fourmillant de détails microscopiques rédigés en police 8, entre les mains, entièrement consacré à la vie et à l'oeuvre de la susdite.

Bien sûr, à ce moment là, j'ai beau dormir, je suis prise comme d'un léger vent de panique.

Rien que du très normal : je ne connais absolument rien au sujet (mis à part le fait qu'il s'agit d'une femme vaguement liée avec la Royauté et qu'elle a quelques rues et établissements scolaires à son nom) et, pour pimenter un peu le tout, l'examen que je m'apprête à passer s'avère être d'une importance capitale pour ma vie, ma survie, et même mon salut (ne me demandez pas pourquoi, je le sais, c'est tout). 

Je me mets alors à feuilleter compulsivement mon polycopié en espérant (de façon totalement illusoire) en intégrer par-ci, par-là, quelques bribes, tout en me maudissant intérieurement d'avoir été assez folle pour me présenter à un partiel capital sans avoir rien appris de mon cours. 

Et bien sûr, comme le contenu de ce fameux polycopié est bien plus complexe qu'un Biba ou qu'un Cosmopolitan (sans vouloir cracher sur ce genre de presse dont j'apprécie hautement la lecture chez mon dentiste), tout glisse dans ma tête sans laisser la moindre trace, redoublant, s'il est possible, mon état d'angoisse...

Et puis vient heureusement le doux moment où je sors de ce cauchemar et où je réalise enfin que ma vie n'est pas suspendue à un examen sur la terrible Blanche de Castille !

Que Blanche de Castille peut bien être la nièce ou la cousine de Jean sans Terre, ça ne modifiera strictement rien à mon existence.

Et que même si j'ignore qu'elle est la mère de Louis IX, le soleil continuera à se lever demain matin comme avant. 

Bien sûr, tout ça, je le sais, mais je sais aussi que la prochaine fois que mon cerveau aura décidé de me rejouer l'épisode du partiel surprise sur Blanche de Castille, je retomberai de la même façon dans mes angoisses sans même me rendre compte que j'ai déjà vécu cette mauvaise blague...

Mais, Dieu merci, je crois que j'ai trouvé la parade !

A défaut de pouvoir contrôler mon cerveau, je vais apprendre par coeur la biographie détaillée de Blanche de Castille.

Comme ça, la prochaine fois que je me retrouverai plongée dans ce mauvais rêve, au lieu de m'affoler, de m'agiter en tous sens, de pleurer et de me ronger les ongles jusqu'au sang, j'aborderai avec sérénité cet examen imaginaire... 

... et, qui sait, peut-être même que je majorerai ! 

Y'a plus qu'à... 

lundi 27 octobre 2014

Devenir adulte contre son gré


Je me souviens très bien du jour où, à ma demande expresse, on m'a accordé le droit de laver la baignoire. 

Avec du vrai produit ajax, une vraie éponge et un vrai pommeau de douche.

Tout comme une grande personne.

Vous ne vous étonnerez pas d'apprendre que ce moment compte parmi ceux où j'ai ressenti la plus grande fierté de ma vie.  

La fierté de mettre un premier pied dans le monde intriguant et jusque là inaccessible des adultes. 

Bien sûr, ce moment, s'il fût intense, n'en fût pas moins également extrêmement fugace.

Dès la quatrième ou cinquième fois où je renouvelais l'opération lavage de la baignoire, le charme opérait bizarrement déjà beaucoup moins.

A compter de la septième ou huitième fois, j'assimilais carrément cette opération sanitaire à – oui, n'ayons pas peur des mots – une corvée.

Bref, ce que m'apprît cette histoire tragique de mon existence, c'est que le monde des adultes ne vaut pas toujours le coup qu'on le découvre trop tôt... 

C'est la raison pour laquelle, lorsque je suis devenue une suffisamment grande fille pour avoir mon propre chez moi – et accessoirement un travail et un compte bancaire présentant un solde créditeur de plus de 200 euros – j'ai repoussé et repoussé et repoussé encore un peu, et même un peu plus, le moment d'annoncer à maman :

"STOP maman, maintenant, à compter de ce jour, c'est moi qui m'occupe de mon linge !"

Et je l'ai tellement repoussé que trois ans – presque quatre – après mon installation, je n'avais toujours pas fait l'acquisition d'une machine à laver.

Mais pourquoi ? allez-vous me demander. 

Car, après tout, ce n'est pas parce que l'on dispose d'un tel équipement que l'on doit pour autant renoncer définitivement à confier son linge à une personne de confiance de son entourage familial !

C'est vrai, mais il est parfois dangereux de laisser s'installer certaines ambiguïtés.

Cela vous surprendra peut-être beaucoup, mais certaines personnes sont susceptibles de faire un amalgame quelque peu hâtif entre deux concepts pourtant fondamentalement différents tels que je dispose d'un lave linge et je tiens à m'en servir pour laver tout mon linge moi-même...

Et puis, un beau jour, il n'y a pas si longtemps, je suis partie à Cannes (le tapis rouge, la dolce vita, les palmiers et les moustiques) avec une serviette de plage que j'ai considérablement utilisée en quatre jours au point qu'elle ne s'annonçait plus très fraîche pour le week-end suivant où je devais me rendre dans le Poitou après une courte escale à Paris. 

Or, dans le Poitou, une serviette de plage pouvait m'être également très utile car même s'il n'y a pas de mer à côté (ni tapis rouge ni palmiers, d'ailleurs) (mais les moustiques, si, par contre), on trouve quelques ruisseaux glacés dans lesquels les plus téméraires peuvent le cas échéant tenter de glisser un pied. 

Bref, à mon retour de Cannes et avant mon départ pour le Poitou, Coco à qui j'avais fait part de la délicate situation dans laquelle je me trouvais, m'a spontanément proposé de s'occuper de laver ma serviette de plage.

Sur le coup, au lieu de prudemment refuser – on ne sait jamais à quoi vous engage un service – j'ai accepté en la remerciant chaleureusement : 

« Trop sympa, Coco, tu es une vraie amie, ce we dans le Poitou avec une serviette de plage propre qui sentira bon la lavande industrielle promet d'être absolument mythique ! ».

Le problème c'est que si Coco a lavé ma serviette de plage en temps et en heure, sans faire dégorger les couleurs et sans que ses vêtements déteignent sur elle, elle n'en est pas restée là. 

Tout ça parce qu'au moment où elle me l'a rapportée, j'ai cru utile, par pure politesse, de me lancer dans une grande déclaration parfaitement formelle du type « c'est quand même bien pratique les machines à laver », elle s'est cru autorisée à insister pour que je m'en procure une. 

Comme si, parce qu'elle avait lavé une fois une de mes affaires, elle pouvait se permettre de décider des grandes directions de ma vie - quand maman qui a lavé mon linge pendant près de 30 ans est toujours restée très respectueuse des mes choix sur ce point.

Cela a commencé par le transfert par mail d'une annonce d'un particulier qui vendait son lave linge. 

Puis par le transfert d'une deuxième annonce. 

Puis d'une troisième. 

Peu après, a suivi un texto : 

« Alors, tu te décides pour la machine de l'annonce que je viens de t'envoyer ? ».

Là, je me suis dit, pas de panique, j'ai la parade idéale : 

« Ecoute, le vendeur indique qu'il faut qu'elle parte avant la fin de la semaine, et là, impossible, de trouver une voiture pour la transporter en aussi peu de temps ».

Nouveau texto deux secondes plus tard : 

« Tu veux que je demande à mon frère ? »

Dix minutes après, elle me confirmait que son frère était disponible et trois heures plus tard je me retrouvais avec un lave linge proline de trois ans d'âge envahissant la moitié de l'espace de ma salle de bain. 

Ce soir là, en m'installant dans mon canapé après avoir remercié Coco, son frère Nono et Bob également requis pour l'expédition lave linge, j'ai eu comme le sentiment d'avoir pris un méchant coup de vieux. 

Mais je me console en me disant qu'à ce jour, je n'ai pas encore de lave-vaisselle. 

Et que ce n'est pas près d'arriver puisque je n'ai pas d'emplacement pour. 

Ouf ! 

lundi 29 septembre 2014

Message caché


L'autre jour, je suis allée déjeuner chez mon brother.

Rien d'exceptionnel a priori.

Surtout pour les gens qui ont un frère.

Oui, mais là où les choses sortaient un peu de l'ordinaire, c'est que je me rendais pour la première fois dans son nouveau logement.

Et pas n'importe quel logement.

Pas un studio de 20m2, avec douche dans le frigidaire et wc sur le balcon. 

Non, un vrai appartement de grand.

Du style 54m2 avec cuisine indépendante, chambre indépendante et sanitaires indépendants.

Autant dire qu'après avoir fait le tour du propriétaire (3 heures au bas mot), j'étais légèrement déboussolée moi qui ai l'habitude de surfaces un peu plus, dirons-nous, "à taille humaine"...

Heureusement, mon frère, à la hauteur de sa nouvelle installation, avait tout prévu. 

Un peu d'air frais par la fenêtre ouverte, un fauteuil Empire confortable et un verre d'une excellente bière bretonne laissée là par un ami de passage, tout cela m'a très vite remise d'aplomb. 

Au bout d'une demi heure, je crois que je peux même affirmer que j'avais quasi totalement récupéré mes esprits. 

C'est à ce moment là que mon frère m'a abandonnée une seconde pour retourner jeter un coup d'oeil au risotto qu'il avait la gentillesse de préparer tout exprès pour moi (et aussi un peu pour lui, quand même). 

- Vous noterez ici que le grand inconvénient de ne pas avoir sa cuisine au centre d'une unique pièce, calée entre un clic-clac et une table de chevet faisant office tout à la fois de plan de travail / table à manger / égouttoir / bureau / escabeau / plumeau, c'est que quand vous devez surveiller un plat, vous êtes obligé de suspendre la passionnante conversation que vous aviez avec votre hôte et de le laisser là en plan. 

Avec le risque non négligeable qu'il se mette à fouiner dans vos affaires.

D'où l'intérêt de n'emménager dans un logement d'une telle surface qu'une fois que la vie vous a doté d'un (merveilleux ?) conjoint susceptible de poursuivre brillamment votre propre conversation quand les impératifs culinaires vous obligent à vous éclipser de surveiller vos invités pendant que vous avez le dos tourné. -

Bref, livrée à moi-même, après avoir compté le nombre de velibs disponibles à la station juste en bas de l'immeuble, avoir admiré la caisse à outils toute neuve qui trônait dans un coin du salon et avoir pris connaissance du détail des additifs contenus dans le saucisson au poivre vert de Madagascar que j'avais apporté pour l'apéritif, j'ai fini par arrêter mon regard sur le sous-verre de fortune qui m'avait été attribué.

Rien d'extraordinaire à première vue, juste un morceau de journal soigneusement découpé. 

Mais comme j'étais vraiment désoeuvrée et surtout comme il n'y avait pas l'air d'avoir trop de texte dessus, je me suis lancée dans sa lecture. 


Et c'est là que j'ai réalisé que trônait pile en face de moi l'inscription suivante :

"Théorie de la vilaine petite fille". 

Je ne sais pas s'il y avait beaucoup de chances pour que mon frère tombe précisément sur ce passage lorsqu'il s'est lancé dans la confection maison de ce sous-verre, mais il a en tout cas fermement nié toute intention maligne quand, à son retour de la cuisine, je l'ai accueilli par un glacial : 

"Alors comme ça, tu m'insultes gratuitement par sous-verre interposé, moi qui en plus viens de t'apporter un excellent saucisson au poivre vert de Madagascar bourré d'additifs ?!!"

Mais comme le risotto était délicieux et même pas empoisonné, j'ai dû me rendre à l'évidence : non, vraiment, tout ça n'était que pur hasard.

Ginger n'est pas une vilaine petite fille. 

A moins, bien sûr, que derrière la main innocente qui s'était chargée de découper le morceau de journal, ce soit en réalité la Vie qui ait entendu m'appeler à une saine prise de conscience sur moi-même... 

jeudi 25 septembre 2014

Je suis venue te dire...


4 ans de fidélité à toute épreuve. 

Il était toujours là pour moi, il m'accompagnait où que j'aille. 

Dans les rendez-vous professionnels les plus glauques, dans les pires soirées de l'histoire du monde des pires soirées.

Il n'avait pas peur de m'écouter pendant des heures.

De m'écouter parler headbands, dossiers, sacs à main, dégivrage de frigidaire. 

Il s'intéressait même à mon blog. 

Assistance photo, assistance écriture. 

Mais depuis quelques temps, je le sens prendre du recul. 

Beaucoup de recul. 

Tellement de recul que je me demande si nous partageons encore autre chose que l'air que nous respirons. 

Dorénavant, il refuse d'envoyer les fichiers texte dans lesquels je prépare mes articles. 

Dès que j'approche, il trouve le moyen d'avoir la batterie à plat. 

Et depuis avant-hier, il fait son difficile pour prendre des photos. 

Je crois que c'est la fin, les amis... 

Question : j'attends qu'il me claque définitivement entre les doigts ou je prends ma vie en main, je le jette, et j'en profite pour courir m'acheter le nouvel Iphone 6 qui me permettra de passer pour la fille la plus hype de la Terre ? 

Beigbeder s'est trompé, en fait l'amour dure 4 ans.

jeudi 18 septembre 2014

Coup de vieux

 
Hier matin, comme il m'arrive de le faire environ une fois tous les 15 jours, j'ai pris le temps de relever mon courrier. 
 
Relevé bancaire. Billets de train. Carte postale d'Ardèche de Béa. Publicité pour des sushis.
 
Rien que du très classique. 
 
Et puis, et puis, dissimulé au fond de ma boîte aux lettres...
 
Mon premier courrier Damart.  
 

 
Je sais bien que j'ai un an de plus que l'an dernier, deux ans de plus qu'il y a deux ans et même dix ans de plus qu'il y a dix ans. 
 
Mais je n'imaginais pas que Damart serait déjà au courant...
 
Qui m'a dénoncée ??!
 
Allez, une petite robe de chambre molleton polaire antiboulochage ?

jeudi 11 septembre 2014

La stratégie payante d'Overblog

Je ne sais pas si vous les avez testés mais il existe dans la vie différents moyens d'inciter fortement les gens à lever le camp de votre canapé (clic-clac en ce qui me concerne). 

Pêle-mêle, je citerai : 

1) les mettre à contribution pour des tâches domestiques réputées ingrates (curetage de WC, catalyse du four, siphonnage de la baignoire),

2) dénigrer de façon systématique les différents éléments de leur environnement (logement, voiture, travail, destination de vacances),

3) leur dresser la liste exhaustive de leurs imperfections morales et de leurs tares physiques, 

4) faire de même à l'égard de leur entourage familial et amical,

5) balancer leurs affaires par la fenêtre,

6) mettre le feu aux vêtements qu'ils portent.

Tous ces exemples ont en commun d'installer assez vite la personne concernée dans une situation relativement inconfortable qui fera très rapidement naître chez elle le désir de vous quitter illico. 

Ce qui peut s'avérer très pratique si vous trouvez sa compagnie ennuyeuse ou tout simplement embarrassante parce que vous avez mieux à faire à cet instant (regarder votre dvd des meilleurs épisodes de La petite maison dans la prairie, cuisiner un gâteau pour la fête des voisins, écrire une poésie en hommage aux pigeons des jardins publics).

Overblog a bien compris la méthode. 

A force d'avoir de plus en plus de gens sur sa plateforme de blogs, il a pensé qu'un peu de solitude ne pourrait pas lui faire de mal. 

Alors, un beau matin du mois de juillet - le 31 juillet très exactement - il m'a envoyé, comme à des tas d'autres blogueurs, un mail en m'annonçant que : 

"Pour continuer de vous fournir un espace d’expression libre, gratuit et facile d’accès, votre blog extraitsdeginger.over-blog.com intégrera prochainement quelques espaces publicitaires".

Quand j'ai lu ça je me suis dit que Pfffiou, moi qui avais choisi cette plateforme parce qu'elle offrait la possibilité d'avoir un blog avec uniquement du contenu éditorial, c'était bien ma veine...

Mais je m'étais peu à peu habituée, pendant le mois d'août où je ne disposais que du minimum du minimum de la connexion internet, à l'idée que désormais je trouverais sur ma page d'accueil un ou deux discrets encarts publicitaires pour des collants dim ou autres produits superficiels dénués de tout lien avec le contenu de mon blog (enfin presque...). 

Naïve que j'étais ! 

Ce n'est pas un ou deux discrets encarts publicitaire que j'ai aperçus en me connectant. 

Non, c'est tout un déluge de bannières lumineuses clignotantes de toutes les tailles et évoluant dans tous les sens, d'une esthétique absolument infâme, qui s'est tout à coup affiché sur mon écran. 

Encore une chance qu'Overblog ait jugé mes articles suffisamment intéressants pour ne pas en mettre directement sur le texte... 

En tout cas pas pour l'instant. 

Bref, Overblog, je t'en informe officiellement : j'ai compris le message. 

Et j'en tire toutes les conclusions qui s'imposent. 

Je ne traînerai plus trop longtemps sur ta plateforme malgré les liens qui nous ont unis ces dernières années, toi et moi, et que je croyais sacrés à tes yeux (c'est en tout cas à peu près le discours que tu m'avais tenu dans ton message de bienvenue). 

Je me suis trompée, c'est vrai. 

Mais je ne compte pas rester dans l'erreur plus longtemps. 

Laisse-moi juste le temps de trouver une nouvelle plateforme de blogs - sans publicité obligatoire - assez charitable pour bien vouloir m'accueillir au pied levé, et tu pourras vanter les qualités de la société de consommation ailleurs. 

Parce qu'il faut quand même pas pousser mémé.

Et dans l'intervalle, cher lecteur, si toi aussi tu as du mal à supporter l'agression visuelle dont mon blog est devenu le théâtre, je t'invite à télécharger le logiciel ADBLOCK qui te permettra en quelques astucieux clics de supprimer efficacement cette pollution publicitaire. 

Parce qu'il faut quand même pas pousser mémé. 


lundi 8 septembre 2014

Lendemains de vacances

Vous l'ignoriez sans doute, mais tout ce mois d'août j'étais en vacances.

Je n'en ai rien dit sur ce blog parce que je l'avais un peu laissé à l'abandon parce que j'aime rester discrète.

Et surtout parce que je ne voulais pas totalement désespérer ceux de mes valeureux lecteurs qui avaient décidé de poser leurs congés en juillet pour reprendre le travail juste au moment où tous leurs collègues/relations/amis/famille quitteraient leurs bureaux en poussant des hurlements de joie, les bras levés vers le ciel, avec la même rapidité que s'ils étaient poursuivis par un chasseur psychopathe désireux de s'exercer sur eux au tir au pigeon.

Parce que, oui, c'est bien connu, le travail est un facteur d'épanouissement de l'Homme.

(relire cette phrase autant de fois qu'il est besoin pour s'en convaincre)

Bref, je suis partie en vacances tout le mois d'août.

Et comme les meilleurs choses ont une fin, j'en suis revenue lorsque les toscans de son funeste 31e jour ont résonné.

(j'ai aussi pas mal bossé la poésie pendant l'été)

La particularité, c'est que, cette année, je suis partie sans mon ordinateur.

Celui qui était blanc à l'origine et qui est jaune maintenant, dont le clavier révèle une propreté très douteuse, et depuis lequel je m'occupe tout à la fois de mon blog, de déclarer mes impôts et aussi de dossiers dits professionnels (enfin pas trop souvent). 

A mon retour, lorsque j'ai mis un pied chez moi, j'ai soigneusement évité de laisser mon regard s'arrêter sur lui.

Je devinais bien le petit air narquois avec lequel il me contemplait, débarquant sur le pas de la porte avec mon sac de randonnée trois fois plus gros que moi, mes chaussures immondes de randonnée Ketchua aux pieds, mon chapeau de paille à la main et tout un lot de coups de soleil un peu partout.

Je savais pertinemment qu'à cet instant il ricanait en se disant que je ne pourrais plus l'esquiver davantage.

J'ai fait comme si de rien n'était.

J'ai posé mes affaires.

J'ai regardé si tout était en ordre chez moi.

Pas de fuite d'eau sous le lavabo, les WC, l'évier, le frigidaire.

Pas de départ de feu dans mon four ou au niveau de mes plaques de cuisson.

Pas de dispartion de rivières de diamants, de manuscrits étrusques ou de tableaux de maître (normal, je n'en ai pas).

J'ai défait mes affaires.

Je les ai rangées.

J'ai lancé une machine.

J'ai ouvert un paquet de gaufrettes au chocolat.

Je me suis assise sur mon clic-clac.

J'ai terminé mon paquet de gaufrettes au chocolat.

Et puis je me suis résolue à l'idée que ça y est, j'avais épuisé toutes les possibilités d'échapper au tête-à-tête avec mon ordinateur, qu'il ne me restait plus qu'à prendre mon courage à deux mains et à faire face.

Je l'ai ouvert en faisant semblant de ne pas voir son air moqueur.

Après avoir pris un cocktail de tranxene et de butagaz, je me suis connectée à ma messagerie.

C'est là que, commme je m'y attendais, j'ai découvert mes 95876 mails non lus.

J'ai été forte, je n'ai même pas pleuré. 

J'ai juste regretté le temps où la correspondance se faisait seulement par lettres et où on les acheminait par cheval en 6 mois - 1 an (dans le meilleur des cas).
 
Les gens devaient réfléchir à deux fois avant d'envoyer leur courrier...

J'aurais pu aller plus loin et regretter le temps où l'on ne partait pas en vacances puisque l'on n'en avait pas. 

Mais c'est bizarre, je ne sais pas pourquoi, en fait non. 


Cette année, personne n'a pensé à m'envoyer un pigeon voyageur, c'est toujours ça de pris.
 

mercredi 30 juillet 2014

Conseils beauté

 
Hier, je me suis rendue auprès de l'une des entreprises pour lesquelles je travaille régulièrement depuis un peu plus d'un an déjà.
 
La-bas, parmi l'armada d'employés plus ou moins avenants qui en composent l'effectif, il faut savoir que mon interlocuteur privilégié est une secrétaire âgée d'une bonne soixantaine d'années, Liliane, qui travaille à cet endroit depuis tellement longtemps maintenant qu'on dirait presque qu'elle fait partie des murs.
 
N'allez pas me demander comment on peut avoir le sentiment que quelqu'un fait partie des murs, c'est comme ça, ça ne s'explique pas, c'est tout.
 
Mais la particularité absolument fondamentale de cette secrétaire, c'est qu'elle s'est visiblement prise d'affection pour moi.
 
Peut être parce que je suis blonde comme elle l'était, que j'ai les yeux bleus comme elle les a toujours et que j'ai vécu dans la région dont elle est originaire, elle m'accueille souvent de l'air attendri d'une mère qui retrouve dans son jeune enfant un peu de ce qu'elle fût dans sa prime jeunesse.
 
- Elle est très mignonne ta petite robe écossaise, tu sais elle me rappelle celle que je portais quand j'allais au lycée ! (ton maternel, sourire ému)
 
Passons sur le fait qu'il ne s'agit pas du tout d'une robe écossaise - même s'il y a des rayures de différentes couleurs dans différents sens - et que je n'ai plus tout à fait 13 ans.
 
Dieu merci, j'ai suffisamment de recul sur la vie, le monde et la vérité en général pour distinguer une réflexion à la justesse approximative d'une insulte (mais tout juste).
 
- Tu as vraiment un joli blond tu sais, ai-je eu droit la dernière fois que je suis passée rapporter un dossier, ce serait difficile pour un coiffeur de le reproduire avec tes mèches cendrées. Tu aimerais bien garder toujours tes cheveux de cette couleur, je suis sûre !
 
Là, je me suis retrouvée dans la peau de la Ginger de 5 ans devant qui les dames qui entreprenaient sa maman à la sortie de l'école – le cauchemar de tout enfant normalement constitué – prédisaient, telles de grandes prêtresses de l'Athènes antique, qu'un jour elle foncerait à son tour pour devenir aussi châtain terne qu'elles – sous-entendu : qu'elle rentre dans le rang elle aussi !
 
Je croyais qu'allègrement passée la période de ma petite enfance, ce temps était définitivement révolu. 
 
Mais en fait non, point du tout.
 
Non, puisque même si je n'ai plus tout à fait 5 ans, Liliane arrive malgré tout à discerner encore chez moi, de façon apparemment très nette, le côté poupin et naïf qui me serait resté de ces lointaines années...
 
- Tu as les sourcils très clairs aussi, un peu comme moi, a-t-elle ajouté tout en ôtant ses lunettes pour que je puisse les admirer.
 
Je les ai regardés, et c'était vrai.
 
Ils sont effectivement très clairs. 
 
D'ailleurs on ne les voit quasiment pas. 
 
Et puis, sans même le chercher, mes yeux se sont tout à coup trouvés irrésistiblement attirés juste un peu plus bas, au niveau de ses paupières.
 
Et là, qu'ai-je vu ? 
 
Une horrible déclinaison chromatique, alliant un far à paupière grenat bien insistant– sans doute conçu, à l'origine, par un collectif de sécurité routière, pour compléter la panoplie de survie gilet jaune fluo/triangle rouge réfléchissant de l'automobiliste en panne sur la bande d'arrêt d'urgence – et des cils habillés d'un bleu roi massif, frôlant le bleu de Chartres mais quand même pas tout à fait (dommage).
 
In petto, je me suis évidemment fait la réflexion qu'on pouvait très bien avoir des sourcils blonds et  rater totalement son maquillage.
 
Et je n'ai pas manqué, dans la foulée, de me féliciter du suprême bon goût de mon discret far a paupière rose et de mon léger mascara brun...
 
Mais il ne m'a pas fallu trop longtemps pour me rendre compte qu'en fait, tout le monde ne l'appréciait pas autant que moi. 
 
Je l'ai compris nettement lorsque Liliane a ajouté : 
 
- Tu sais, tu devrais mettre un peu de far à paupière et de mascara, ça souligne quand même le regard, surtout quand on a une peau claire et des cils blonds comme nous !
 
A cet instant, laissant de côté toute réaction d'amour propre relativement au fait que j'arrive à me maquiller sans même que cela se voie, je me suis imaginée avec le même maquillage que Liliane.
 
Ou plutôt, j'ai essayé de m'imaginer avec le même maquillage que Liliane
 
Mais avant que mon esprit ne parvienne à une telle image, j'avais déposé mon dossier dans l'étagère prévue à cet effet, pris congé de Liliane, passé le sas de sortie de l'entreprise et couru comme jamais jusqu'à la pharmacie la plus proche pour me bourrer de psychotropes. 
 
Que mon maquillage ne se voie pas, c'est une chose. 
 
Mais que l'on suscite chez moi des visions horrifiques dont je suis le point central, c'est juste une forme de torture mentale hautement destructrice...
 
La prochaine fois que je retournerai voir Liliane, je m'arrangerai pour discuter de la pluie et du beau temps. 
 
Les risques de dérapage sont quand même nettement mois grands.
 
Pffiou... ce temps de rentrée est vraiment déprimant, Liliane,
tu crois que ça va s'arrêter quand ?!!